spleen - sōzuproject

Go to content

Main menu

spleen

         spleen                                                                                                                                                               


Paolo Mascolini aime prendre son temps. Celui de composer et d’étendre ses capacités de créateur de motifs aériens, paisibles, merveilleux, bien sûr. Mais également, celui, plus exigeant, d’accompagner la richesse de ses opus d’éléments visuels à même de révéler la part de mystère qui sommeille en ses terres de prédilection. Ainsi, l’objet qu’est le CD du nouvel album de son alter ego contemplatif Sōzuproject, « Spleen », est tout simplement magnifique : une pochette noire, un disque fermé par une fine cordelette rouge et sept polaroïds figeant l’expression artistique dans le temps et l’espace. Qu’en est-il de l’art en lui-même ? Il est ici à son paroxysme, l’ambient de l’alchimiste se recouvrant de passages éthérés somptueux et intimes, d’harmonies déconstruites et pourtant mélodiques. Une écoute qui, quoi que l’on puisse en penser, devient immédiatement active et addictive.
Des titres en français dans le texte, pour un album conçu comme un hommage aux grands écrivains humanistes et romantiques de l’Hexagone ; ici, chaque piste est accompagnée d’un cliché approfondissant les idées glanées ici et là, au fil du temps et de la saveur de mélodies complexes et sublimes. Les premiers balbutiements de la pièce introductive en deux parties, « pas encore », semblent représenter un orchestre qui s’accorde avant l’ultime interprétation. S’ensuivent des moments soit plus expérimentaux (« chauves-souris »), soit poussés à leur paroxysme dans la déliquescence sensorielle de mouvements idylliques (« placebo », « marée »). Tout au long de sa découverte et de ses révélations, « Spleen » enchante, déstabilise, émeut aux larmes. Même lorsqu’il s’évade dans des contrées réellement ambient et presque dark (« corbillard »), il ne cesse de plonger son auditoire au cœur d’une nature partagée entre l’humain et le divin, dans un tourbillon émotionnel inépuisable.
Avec cette nouvelle offrande, Paolo Mascolini quitte les landes confortables d’ornementations purement et simplement conventionnelles pour se risquer à des pérégrinations plus directes, parfois tranchantes mais avant tout osées et remarquables. « Spleen » ne suscite jamais l’ennui mais, bien au contraire, intrigue, bouleverse et rallume la flamme de nos âmes souvent endormies. Révélant ses vérités et ambitions avec calme et concision, il ne peut qu’être entendu encore et encore, sans lassitude, sans même une seule impression rébarbative. Défi osé pour ce genre musical, mais faisant du disque l’une de ses pierres angulaires, sans commune mesure. Un LP qui se savoure autant qu’il se regarde, éveillant chacun de nos cinq sens, tranquillement, mémorablement.
De quoi réconcilier le public avec l’ambient, en prouvant qu’il ne s’agit pas que d’une succession de nappes insipides et inutiles ; Sōzuproject reste définitivement l’un des fers de lance d’une catégorie souvent décriée, mais tellement nécessaire et vitale.

Raphaël DUPREZ

.

Back to content | Back to main menu